Portrait : Gainsbourg, un chanteur de paradoxes

« J’en ai marre de rouler en 2 CV, je veux rouler en Rolls ». Il y a des personnalités sur qui on pense tout connaître. Au royaume des apparences, Serge Gainsbourg était le prince. Son visage marqué par les excès, ses provocations et bien sur ses chansons éternellement actuelles. Mais tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg. Gainsbourg, c’est sur n’était pas un ange. Mais on ne naît pas provocateur.

Serge Gainsbourg, on le sait, adorait mettre du poil à gratter dans le dos de la vieille France. Lorsqu’en 1979, il sort Aux armes etc. , La Marseillaise en version reggae, c’est une bombe. Fustigé par la presse de droite qui crie au sacrilège, il se défend en arguant que le reggae est une musique révolutionnaire qui sert un chant révolutionnaire. Il connaît un gros succès populaire. Sa chanson est considérée comme un geste politique qui séduit la jeunesse. Il se fait des ennemis aussi. Le harcèlement commence. Le 4 janvier 1980, un groupe d’extrême droite tente d’annuler son concert à Strasbourg, ou plus qu’ailleurs l’hymne nationale rythmée par une musique de « noirs » fait tâche. Les bérets rouges empêchent les musiciens jamaïcains qui l’accompagnent d’entrer sur scène. Gainsbourg monte seul et chante La Marseillaise le poing levé. Comble de l’ironie, les paras sont contraints à se mettre au garde à vous dès les premières notes. Le lendemain, le Journal du Dimanche en fait sa Une. Il était une célébrité, à cinquante ans, il devient une superstar.

Son but est atteint. Mais d’où lui vient ce besoin ?

GAINSBOURG ou GAINSBARRE ?

Il rêvait d’être peintre. Prodige, il l’a d’abord été en peinture. C’est en fréquentant Salvador Dali qu’il découvre le luxe et le pouvoir de l’argent. Il se met à rêver de gloire, mais ne parvient pas à vendre suffisamment de toiles. Le contexte le pousse à devenir musicien malgré lui. Il se met alors à jouer du piano dans un cabaret pour travestis. Petit à petit, il se fait un nom. Il écrit pour Juliette Gréco et décide de devenir chanteur. Entier, il renonce à la peinture. Pour mettre un point final à cette phase de sa vie, il met le feu à tous ses tableaux.

UNE ENFANCE FACE À LA HAINE

Enfant, il a connu l’infamie de l’étoile jaune. Né en 1928 de parents russes qui ont fui la Révolution bolchevique, il vit à Paris au rythme du piano de son père. A l’époque, Serge Gainsbourg, s’appelle Lucien Ginsburg. Il est un enfant sage, timide. Sa vie bascule en juillet 1940, lorsque la Wehrmacht défile dans les rues de la Capitale et instaure de nouvelles lois antisémites. C’est alors, adolescent, qu’il se met à détester son apparence. Son nez caractéristique et ses oreilles décollées sont une « caricature du juif ». Écrasée par l’humiliation et la misère, la famille trouve refuge à Limoges en zone libre où elle vit avec un faux nom et la peur d’être démasqué. Tout le reste de sa vie, il s’est considéré comme un rescapé.

UNE « LAIDEUR » IRRÉSISTIBLE

Serge Gainsbourg a du succès auprès des femmes. Taxé de laid, il séduit quand même celle qui était considérée comme la plus belle femme du monde, Brigitte Bardot. Ses atouts : sa passion, son talent, son humour. Il sait se mettre en valeur. « Je vais et je viens entre tes reins ». Serge Gainsbourg est un homme qui a fait l’amour en studio avec Brigitte Bardot et qui en a fabriqué un disque, un tube, Je t’aime, moi non plus. Plus tard, il fait la connaissance de Jane Birkin sur le tournage de son premier film Slogan. Ensemble ils incarnent un couple médiatique et sulfureux.

L’ARTISTE FAUSSE VEDETTE

Ces 4 premiers albums sont des bides. Les gens reconnaissent sa « tête de choux » dans la rue, mais il vend très peu de disques. Après Je t’aime moi non plus, sorti en 1967, aucun de ses titres n’est entré au hit parade. Ses chansons ne passent même pas à la radio. Son impertinence effraie. Son Salut, il l’obtient par la provocation. Il sort l’album Aux armes et caetera enregistré à Kingston en Jamaïque. L’heure de la consécration a sonné. Gainsbourg devient Gainsbarre. Il brûle un billet de 500 francs lors de l’émission 7 sur 7 alors diffusée sur TF1. Sous l’emprise de l’alcool, il peine à articuler lors de ses interviews. Il sombre dans la décadence : le prix de la gloire.

« Sur ma tombe je veux que l’on rédige cette épitaphe : « Ci-gît le renégat de l’absolu. » Dernière consigne : ne m’enterrez pas en grande pompe, mais à toute pompe ! »

Serge Gainsbourg, Pensées, provocs et autres volutes.

Lecteur invétéré du philosophe allemand Georg Christoph Lichtenberg et du romancier irlandais Oscar Wilde, Serge Gainsbourg cultivait l’art du trait d’esprit, qu’il utilisait surtout lors de ses passages dans les médias. Provoquer, pour lui, c’était vivre, garder son cerveau en éveille, toujours interroger le monde autour de lui, ses conventions, ses conditionnements !

« Quand j’ai dit à Whitney Houston : « I want to fuck you », c’était hard, d’accord, mais quelle pire insulte que de dire à une femme : « Vous êtes intirable » !

Serge Gainsbourg,  Pensées, provocs et autres volutes.

Entre les lignes des paroles de ses chansons, se dessine le portrait d’un grand timide, peintre inaccompli et compositeur malgré lui, dont la culture classique soutient une sensibilité exacerbée.

« Je ne veux pas qu’on m’aime, mais je veux quand même. »

Serge Gainsbourg,  Pensées, provocs et autres volutes.

Livres

  • GAINSBOURG, Serge, Pensées, provocs et autres volutes, Cherche-Midi.
  • COEHLO Alain, LHOMEAU Franck, Gainsbourg, Denoël.